mercredi 17 octobre 2012

La morte amoureuse de Théophile Gauthier







Présentation de l’éditeur : Le vieux Romuald raconte à un autre ecclésiastique qu'il nomme "frère" les faits étranges qui ont suivi son ordination. Alors jeune prêtre d'une cure de campagne, il vit une expérience troublante : le jour il est homme d'église, la nuit il est un riche seigneur de Venise.










Une version un peu plus romantique du vampire

Alors, vous vous souvenez que je vous ai parlé de la Dame Pâle d’Alexandre Dumas qui avait enfin de compte deux connotations : la religion et les obligations sociales. Ici, on retrouvera les mêmes thèmes MAIS avec une sensibilité très différente. Car ces deux auteurs appréhendent l’écriture de deux manières différentes. Pour Théophile Gautier, on aura enfin de compte plus de romantisme. Alors qu’avons-nous là ? Un prêtre qui va se faire ordonner. Ce qu’il signifie qu’il passera une vie d’obligations, dans l’abnégation totale de soi.  Il ne sera plus maître de sa maison, de ses amours, de son emploi du temps puisqu’il entre au service de Dieu. Pourtant, le jour de son ordination, une femme vient le tenter (la canaille). Cette femme représente, vous vous en doutez bien, la tentation, la sensualité, le fruit défendu, ce qu’il abandonne pour Dieu. Tout ça. Evidemment, Romuald refuse ces avances. Malheureusement pour cette femme, elle meurt, se transforme en vampire et revient hanter notre cher Romuald.

Ainsi, lorsque le prêtre rejoint cette femme, il devient un autre homme. En effet, il devient ce qu’il aurait pu être sans être prêtre, une somme de plaisirs et de volontés propre. Nous n’avons plus affaire à l’animal social représenté par la prêtrise mais  à l’individu propre. (on retrouve cette analogie dans la Métamorphose de Kafka si cela vous intéresse d’ailleurs.) Ainsi, en acceptant d’aimer cette femme, il se libère de son carcan social pour être libre. Mais un individu ne peut vivre que pour lui-même aussi il garde la personnalité du prêtre qui se repend à sa place et qui combattra la vampire.




Il y a toutefois toujours cette connotation religieuse

Bien entendu ! La femme ici représente bien la tentation diabolique pour Romuald. Et ce qui la rend si terrible est qu’elle n’est pas méchante. On sent chez elle des regrets et une certaine torture lorsqu’elle doit boire le sang de Romuald. C’est lui qui la garde en vie. Et lorsqu’il cesse de l’aimer (en la découvrant dans son cercueil), elle en meurt, en lui reprochant d’ailleurs de se soumettre à ses obligations sociales.

Cette nouvelle a dû beaucoup faire parler d’elle ou du moins a dû permettre à beaucoup de personnes de s’identifier à l’époque. En effet, il ne faut pas oublier qu’avant, les personnes, surtout d’un certain rang étaient complètement étouffées par leurs obligations sociales. Et je ne parle pas seulement des prêtres mais de la totalité des personnes. Elles ne choisissaient pas leur métier, leur rang, leurs maris ou leurs épouses. Ici, le vampire incarne quelque part le choix personnel défendu. Celui qui ne sera pas admis par la Société. Et ce choix tente beaucoup évidemment (car l’on rêve tous de vivre selon ses choix propres).

Ainsi, il devient un conte initiatique. Car Romuald a toujours vécu dans la Foi. Il ne s’est jamais écarté du chemin sauf en détournant une fois le regard (qui est tombé sur la jeune dame). En ne faisant pas ses devoirs, il s’écarte de son chemin (la prêtrise), damne l’âme aimée (la vampire) et est condamné à rester pour raconter son histoire (puisqu’il nous la conte). Nous ne saurons donc pas s’il sera pardonné à son tour. Mais avec son erreur, il enseigne aux plus jeunes qu’il ne faut pas rêver à une vie personnelle mais rester fixé sur ses devoirs.

Intéressant non ? 


Cette nouvelle a été lue dans le cadre du challenge Fant'classique organisé par Iluze

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